Histoiresde fantômes

Temps de lecture : 25 minutes

François Bon, Ambrose Bierce

Tiers Livre Éditeur

Quel bonheur de suivre Ambrose Pierce, grand maître en prose fantastique, dans cet inventaire successif de maisons hantées, disparitions inexpliquées, soldats morts et en vie...

Comment un auteur comme Ambrose Bierce a pu passer à ce point entre les mailles de la traduction en langue française, hors son Dictionnaire du diable et 2 ensembles traduits par Jacques Papy, le premier traducteur de Lovecraft (comme par hasard), bien difficiles à trouver maintenant.

Pourtant, il ne s’agit pas seulement d’un des maîtres de ce fantastique américain sans lequel il n’y aurait rien eu de la science-fiction.

Ce qui donne à Ambrose Bierce sa dimension, c’est sa phrase. Tendue, abstraite. Presque rien de paysage ni de matériel, psychologie encore moins. Mais comme un très sec compte rendu d’autopsie ou rapport policier – il construit délibérément ainsi les images fulgurantes et puissantes qui émergent l’une après l’autre de sa phrase.

Est-ce dû à l'étrangeté de sa vie, jusqu’à sa disparition en 1914, à 71 ans, en expédition chez les rebelles du Mexique ? Mais la réticence française qui le qualifie d'écrivain "et" journaliste comme si c'était un crime, n’est-ce pas précisément cette force particulière de ces récits présentés comme des enquêtes réelles, et qui vous projettent dans le surnaturel sans qu'on puisse rien remettre en cause?

Explication complémentaire : lui-même témoin impliqué de la guerre civile, l’ouest américain, ses hameaux et villes perdues, ses errants et ses solitaires, est le matériau même de sa fiction. Ce qui pouvait déranger ou effrayer les traducteurs d’il y a 50 ans, est-ce que ce n’est pas justement ce qui nous le rend si troublant et fascinant ?

Les 18 récits de ses Histoires de fantômes (1899), chacun tenu dans l’espace serré de 5 ou 7 pages, nous les reconnaissons comme nôtres : apparition des mourants et revenants vengeurs, sinistres maisons dans le coeur ordinaire de la ville et autres terreurs populaires, ce sont presque les mêmes que les nôtres, ou que l'Ankou breton des "Légendes de la mort" d'Anatole Le Braz. Pas d'exotisme chez les fantômes, rien que la peur.

Fantômes qui surgissent sur les routes de campagne ou en pleine ville, puis explorations de maisons hantées, ou épisodes singuliers et occultes de la guerre civile, enfin une incursion dans les disparitions non élucidées, chaque récit d’Ambrose Bierce est un monde à lui seul.

FB

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur. L'offre SNCF e-LIVRE est gratuite et n'engage aucune dépense pour l'utilisateur.